« The Beauty » de Ryan Murphy sur Disney+ : casting cinq étoiles, bijou gore, horreur haute couture et satire du corps parfait
Écrit par Jérôme Patalano - Publié le 25 mars 2026 - 🕐 5 minutes
« “The Beauty” », diffusée en France sur Disney+, prouve que Ryan Murphy n’a rien perdu de sa science du choc, du glamour et de la laideur stylisée. Sous son vernis de thriller body horror, la série ausculte surtout une époque obsédée par le corps parfait, le corps contrôlé, corrigé, voire marchandisé.
Créée par Ryan Murphy et Matthew Hodgson, adaptée du comics de Jeremy Haun et Jason A. Hurley publié dès 2016, « “The Beauty” » compte 11 épisodes de durées inégales (on adore…) et suit deux agents du FBI, Cooper Madsen et Jordan Bennett, lancés entre Paris, Venise, Rome et New York sur la piste d’un virus sexuellement transmissible qui sublime les corps avant de les détruire.
Ce qui sera abordé :
Mise en ligne en France sur Disney+ à partir du 22 janvier 2026 à raison d’un épisode par semaine, la série arrive donc un an après « The Substance », mais sa matrice narrative lui est antérieure, ce qui change tout dans la lecture du parallèle.

« The Substance » en miroir, mais un cauchemar bien à elle
Oui, la comparaison avec « The Substance » saute aux yeux. Même idée d’un idéal physique vendu comme promesse de renaissance, même punition infligée aux chairs trop dociles, même fascination pour la métamorphose comme spectacle.
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Découvrez ce livreMais « “The Beauty” » déplace le sujet vers la contagion, la viralité et le marché mondial du désir. Là où Coralie Fargeat travaillait le conte moral sous acide, Ryan Murphy transforme la beauté en pandémie de luxe, en capital esthétique devenu arme de domination massive. C’est plus pop, parfois excessif (parfois, hein), mais aussi plus sociologique qu’il n’y paraît. Si, si.

Un casting somptueux : de Rebecca Hall à Isabella Rossellini
La série tient aussi par son casting, spectaculaire sans être décoratif. Evan Peters donne à Cooper Madsen une nervosité lasse très « murphyenne », quand Rebecca Hall apporte à Jordan Bennett une densité mélancolique qui stabilise le chaos. Anthony Ramos injecte au personnage de l’Assassin une menace féline, quand Jeremy Pope réussit l’exploit de nous faire plaindre un masculiniste incel.
Ashton Kutcher, en Byron Forst joue à merveille la froideur milliardaire et la séduction toxique, tandis qu’Isabella Rossellini, dans le rôle de sa femme Franny, surgit comme une impératrice tragique, avec cette autorité vénéneuse qui suffit à hisser une scène. Bella Hadid, Peter Gallagher, Ben Platt et Billy Eichner complètent cette galerie de visages pensés comme autant d’icônes pop.
Le festin visuel que les girls and gays attendaient
Il faut aussi le dire franchement : « “The Beauty” » sait très bien ce qu’elle offre au regard queer. Ryan Murphy filme la beauté masculine non comme un simple bonus, mais comme une matière dramatique à part entière, un objet de désir, de fantasme et de satire.

La série exhibe des corps sculptés, des torses impeccables, des présences presque trop parfaites pour être honnêtes, et elle le fait avec une gourmandise qui parlera immédiatement aux « girls and gays » (moi le premier).
Evan Peters, Anthony Ramos, Jeremy Pope et Ashton Kutcher sont les grands bénéficiaires de cette mise en scène du corps comme spectacle, chacun à sa manière, entre fragilité troublante, sensualité létale et plastique de magazine de luxe. On reste encore tous sous le choc de la loooooongue apparition dénudée d’Isaac Cole Powell, couvert de liquides étranges, au sous-texte OnlyFans évident.

Le plus fort, c’est que cette surface n’est jamais gratuite : en montrant des hommes devenus des produits visuels, Ryan Murphy renverse aussi le vieux partage entre corps regardés et corps regardants. Dans une série hantée par la performance, la norme et l’obsession de l’attractivité, ce trouble résonne forcément avec une sensibilité queer.
Ryan Murphy retrouve enfin sa tenue, même au bord du too-much
Visuellement, « “The Beauty” » est un ravissement à la fois jouissif et malade. La série enchaîne le chic et l’innommable, le luxe et l’organique tripesque, avec une précision de cadre qui évoque parfois un « American Horror Story » plus maîtrisé, plus adulte, voire discipliné. La critique américaine a d’ailleurs salué, selon les titres, une œuvre « surprisingly smart », un « opulent spectacle » ou, à l’inverse, un « fascintating… hot mess ».
On reste encore tous sous le choc de la longue apparition dénudée d’Isaac Cole Powell, couvert de liquides étranges, au sous-texte OnlyFans évident.
C’est précisément cette tension qui la rend vivante. Ryan Murphy ne renonce ni à son mauvais goût sublime ni à ses emballements, et cette fois, il tient mieux son récit qu’à l’accoutumée (enfin). Reste ce cliffhanger final, très efficace sur le moment, plus frustrant ensuite, d’autant qu’aucune saison 2 n’a encore été officialisée à ce stade.

Perso, j’ai beaucoup aimé « “The Beauty” », justement parce qu’elle assume tout ce que tant de séries cherchent à lisser. C’est outrancier, somptueux, dégoûtant, sexué, parfois grotesque, mais tenu par une vraie vision. Ryan Murphy m’a souvent agacé parce qu’il adore les concepts… plus qu’il n’aime leurs fins. Ici, il signe pourtant une très belle surprise, une masterclass de body horror glamour qui se regarde autant avec fascination qu’avec un léger haut-le-cœur. Et pour un média comme Poptimist, qui aime quand la pop ose être excessive, impure et follement désirable, difficile de ne pas y voir là un beau petit bijou… malade.

Jérôme Patalano est un auteur édité et auto-édité de romans d’imaginaire, feel-good et thrillers, avec des personnages queers, et consultant free-lance en communication digitale.
Enfant des années 80 et ado des années 90, la pop-culture a toujours guidé sa vie, jusqu’à la création de plusieurs médias comme Poptimist, mag de pop-culture queer (et pas que).





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