« Pluribus » : Vince Gilligan et Rhea Seehorn signent la série queer lente et géniale qui fait du bien
Écrit par Jérôme Patalano - Publié le 18 janvier 2026 - 🕐 5 minutes
Apple TV vient d’achever la diffusion de « Pluribus », et honnêtement, je ne m’en suis toujours pas remis !
En neuf épisodes seulement, Vince Gilligan livre une série de science-fiction dystopique avec une héroïne lesbienne comme on n’en avait jamais vu. Une réussite totale qui a raflé un Golden Globe et cassé tous les records d’audience de la plateforme.
Ce qui sera abordé :
Vince Gilligan, le génie derrière « Breaking Bad » et « Better Call Saul », a réuni Rhea Seehorn, l’inoubliable Kim Wexler de cette dernière série, pour un projet radicalement opposé à ses univers habituels.
Carol Sturka est autrice à succès de romans de romantasy. Elle écrit Les Vents de Wycaro, une saga d’amour fantasy qu’elle déteste secrètement tout en empochant prix et royalties. Carol est lesbienne, misanthrope, et profondément malheureuse. Mais quand un virus extraterrestre transforme l’humanité entière en esprit de ruche pacifique et joyeux, elle fait partie des treize personnes immunisées. Sauf que contrairement aux autres survivants qui profitent de la situation, Carol veut juste… qu’on lui foute la paix.
Le pitch est génial : et si sauver le monde signifiait défendre notre droit fondamental à être malheureux ?

Rhea Seehorn crève l’écran et rafle (enfin) son Golden Globe
Le 12 janvier 2026, justice était rendue. Rhea Seehorn remportait son tout premier Golden Globe pour son interprétation de Carol Sturka, après des années à avoir été snobée pour « Better Call Saul ». Sur scène, visiblement sous le choc, elle a remercié Vince Gilligan de lui avoir écrit le rôle d’une vie. Et putain, quel rôle !
Car Carol n’est pas une héroïne sympathique. Elle est colérique, égoïste, cynique, et encore traumatisée par une thérapie de conversion subie à 16 ans. Ses émotions négatives provoquent littéralement des convulsions planétaires chez les contaminés, tuant des millions de gens à chaque crise de rage ! Rhea Seehorn porte là toute la série sur ses épaules avec une intensité magnétique qui ne faiblit jamais. Chaque micro-expression compte, chaque silence pèse une tonne. Du grand art !

Une autrice de romantasy lesbienne ? Le génie est dans les détails
Vince Gilligan a eu le nez creux en faisant de Carol une autrice de romantasy, ce genre littéraire qui explose en librairie actuellement. Apple Books a même publié un faux extrait de Bloodsong of Wycaro, le quatrième tome de sa saga, pour qu’on s’immerge complètement.
Sauf que Carol méprise ses propres livres, les traite de « merde commerciale », et insulte même ses lectrices. Cette dissonance entre image publique et vérité intime devient l’un des fils rouges de la série.
Attention spoiler :
Quand Carol réécrit finalement son héroïne en femme après huit épisodes de résistance, ce geste narratif devient un aveu d’authenticité déchirant. Son identité lesbienne n’est jamais problématisée, jamais un obstacle dramatique. C’est juste qui elle est, et c’est rafraîchissant.

Helen et Zosia : deux amours, deux deuils, mais zéro cliché
Miriam Shor incarne Helen Umstead, la compagne et manager de Carol. Les fans de Younger de Darren Star la reconnaîtront immédiatement. On voit leur relation lors d’un magnifique voyage en Norvège dans les premiers épisodes : complicité, humour sec, tendresse évidente. Puis, Helen meurt lors de la contamination et Carol s’effondre. Pour la manipuler, les « Autres » envoient Zosia, jouée par Karolina Wydra qu’on a vue dans « True Blood », « Docteur House » ou encore « Sneaky Pete ». Ils ont fouillé les souvenirs d’Helen pour trouver la femme correspondant pile aux fantasmes romantiques de Carol.
Leur relation est fascinante : hostile au début, puis sensuelle, complexe, toxique. L’épisode 8 balance même une scène de sexe entre elles qui a fait fondre toute la communauté lesbienne sur les réseaux tant leur chimie crève l’écran. Mais voilà le twist génial : Zosia n’est pas vraiment une personne. Elle représente la Ruche entière. Elle peut aimer Carol autant que n’importe quel autre survivant. Où commence donc la manipulation, et où finit l’amour sincère ? Aucune réponse n’est facile ici.

Le saviez-vous ? « PLUR1BUS », avec un « 1 », cache un double sens… brillant
Le titre « Pluribus » fait référence à E pluribus unum, la devise latine et américaine signifiant de « un parmi plusieurs », reprise par les officiels américains sur tous leurs documents gouvernementaux. Vince Gilligan a passé des années à chercher ce titre parmi plus de cent propositions. Il a déclaré que c’était la chose la plus difficile qu’il ait jamais eue à nommer, alors que « Breaking Bad » et « Better Call Saul » lui étaient venus instantanément.
Mais ce qui rend le titre encore plus malin, c’est sa stylisation : PLUR1BUS. Le chiffre 1 remplace le i. Ce 1 représente Carol, l’unique individu résistant face à l’unification forcée de l’humanité. C’est un indice visuel parfait qui illustre la tension centrale : individualité contre collectivité, liberté contre conformité. Pour les communautés queers habituées à défendre leur singularité contre les normes, ce thème résonne avec une force particulière.
Enfin, une série qui nous prend pour des adultes !
Je vais être direct : « Pluribus » incarne exactement ce qu’Apple TV fait de mieux et pourquoi cet abonnement est devenu indispensable. Comme avant « Severance », « Silo » ou « For All Mankind », la plateforme refuse de nous prendre pour des débiles. Cette série est lente. Contemplative. Exigeante. Il faut se concentrer, lâcher son téléphone, être présent. Chaque plan a du sens, chaque silence raconte quelque chose. Ce n’est absolument pas du contenu papier toilette qu’on mate en faisant autre chose. Vince Gilligan et son équipe ont planifié les quatre saisons pour éviter les impasses créatives de Breaking Bad. La fin explosive de la saison 1 promet une suite « détonante », déjà confirmée, mais pas avant 2027.
La représentation LGBT m’a également scotché par son naturel. Carol n’est pas une lesbienne parfaite, inspirante, modèle. Elle est chiante, égoïste, traumatisée, manipulatrice. Humaine, en somme ! Son orientation sexuelle n’est jamais mise en scène comme un statement politique, mais telle une donnée comme une autre.
On a besoin de plus de séries comme ça : courageuses, complexes, qui assument d’être exigeantes. Avec 98% sur Rotten Tomatoes, un record d’audience mondiale sur Apple TV et un Golden Globe dans la poche, « Pluribus » prouve qu’on peut faire confiance à l’intelligence du public. C’est la claque de fin 2025-début 2026, et j’espère sincèrement que l’année continuera sur cette lancée de programmes exigeants.

Jérôme Patalano est un auteur édité et auto-édité de romans d’imaginaire, feel-good et thrillers, avec des personnages queers, et consultant free-lance en communication digitale.
Enfant des années 80 et ado des années 90, la pop-culture a toujours guidé sa vie, jusqu’à la création de plusieurs médias comme Poptimist, mag de pop-culture queer (et pas que).





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