« Heated Rivalry »: la série sur une romance gay de hockey qui vient de changer l’histoire de la télé queer
Écrit par Jérôme Patalano - Publié le 9 janvier 2026 - 🕐 8 minutes
Le phénomène de fin d’année 2025 porte un maillot de hockey et n’a peur de rien. « Heated Rivalry », adaptation audacieuse du roman éponyme de Rachel Reid, s’est imposée comme le carton inattendu de HBO Max, rivalisant avec Ça : Bienvenue à Derry dans les classements de visionnage.
“Heated Rivalry” est une production canadienne initialement diffusée sur Crave dès le 28 novembre 2025 qui raconte l’histoire de Shane Hollander et Ilya Rozanov, deux superstars rivales du hockey professionnel dont la haine médiatique cache une passion dévorante qui s’étale sur près d’une décennie. Six épisodes de pure intensité émotionnelle et charnelle qui ont conquis le monde entier avant même d’arriver officiellement en France, prévue pour début 2026 sur HBO Max.
Ce qui sera abordé :

De la page à l’écran : quand Rachel Reid révolutionne la romance sportive avec Heated Rivalry
« Heated Rivalry » trouve son origine dans le deuxième tome de la saga littéraire Game Changers de l’autrice canadienne Rachel Reid, publié en 2019 par Carina Press. Cette série de six romans explore les destins de joueurs de hockey professionnels naviguant entre performance sportive et identité queer dans un milieu notoirement hostile à l’homosexualité. Le roman « Heated Rivalry » a rapidement conquis un lectorat majoritairement féminin, devenant une référence du genre « hockey romance » avec ses 167 000 notes sur Goodreads et un score impressionnant de 4,33 sur 5.
C’est en 2023 que le créateur québécois Jacob Tierney, connu pour Letterkenny et Shoresy, contacte Rachel Reid pour obtenir les droits d’adaptation. Tierney, lui-même gay, avait dévoré les romans pendant la pandémie et compris leur potentiel télévisuel malgré leur contenu explicite. Contre toute attente, les dirigeants de Crave, la plateforme de Bell Media, ont non seulement accepté le projet mais encouragé son audace narrative et sexuelle. La production démarre en janvier 2025 avec Tierney comme scénariste, réalisateur et producteur exécutif de l’intégralité des six épisodes, tournés en seulement 36 jours entre Toronto et Montréal.

Connor Storrie et Hudson Williams : de parfaits inconnus à icônes queers internationales
Le casting de « Heated Rivalry » repose entièrement sur la chimie explosive entre ses deux acteurs principaux. Connor Storrie, 25 ans, originaire d’Odessa au Texas, incarne Ilya Rozanov, le joueur russe flamboyant et provocateur du Boston Bears. Avant ce rôle, Storrie n’avait à son actif qu’une poignée d’apparitions mineures, dont un rôle marquant mais bref dans Joker : Folie à Deux aux côtés de Joaquin Phoenix et Lady Gaga. Sa prestation la plus impressionnante réside dans sa maîtrise de l’accent russe : Storrie, qui n’est pas russophone, a suivi des cours intensifs pour parler anglais avec un accent russe crédible, effort salué unanimement.
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Découvrez ce livreFace à lui, Hudson Williams, 24 ans, Canadien d’origine coréenne et britannique, donne vie à Shane Hollander, le capitaine perfectionniste et refoulé des Montréal Voyageurs (renommés Metros dans la série). Diplômé en 2020 du programme d’arts cinématographiques du Collège Langara de Vancouver, Williams n’avait eu que de petits rôles dans des téléfilms et un épisode de Tracker avant de décrocher ce rôle qui change sa vie. Leur alchimie était si évidente lors des auditions que Tierney les a castés simultanément, conscient que la série vivait ou mourait avec leur complicité.

Un casting de vétérans pour encadrer les rookies
Si Storrie et Williams portent la série sur leurs épaules, ils sont entourés d’acteurs chevronnés qui apportent profondeur et crédibilité au récit. François Arnaud, 40 ans, interprète Scott Hunter, personnage du premier roman Game Changer qui apparaît dans l’épisode 3. Arnaud, révélé internationalement dans The Borgias (2011-2013) où il incarnait Cesare Borgia aux côtés de Jeremy Irons, apporte toute son expérience au projet. Ouvertement bisexuel depuis 2020, l’acteur québécois a également joué dans Midnight, Texas, Schitt’s Creek (en tant qu’ex-petit ami de David) et Yellowjackets. Sa présence confère une légitimité supplémentaire à cette narration queer.
Christina Chang et Dylan Walsh incarnent respectivement Yuna et David Hollander, les parents de Shane. Chang, actrice taïwano-américaine de 54 ans, est familière des séries américaines avec des rôles récurrents dans 24, Nashville, The Good Doctor et Private Practice. Walsh, 61 ans, reste célèbre pour son rôle du Dr Sean McNamara dans Nip/Tuck, mais aussi pour ses apparitions dans Unforgettable et Superman and Lois. Leur scène de coming-out avec Shane dans l’épisode 6 figure parmi les moments les plus poignants de la série, offrant une représentation rare de parents aimants et compréhensifs face à l’homosexualité de leur fils.

Six épisodes pour raconter dix ans de passion clandestine
« Heated Rivalry » adopte une structure narrative ambitieuse et risquée : raconter année par année, de 2012 à 2022, la relation secrète entre Shane et Ilya. Chaque épisode couvre environ un an et demi de leur histoire, depuis leur première rencontre hostile sur la glace jusqu’à leur déclaration d’amour dans un chalet isolé. Cette approche fragmentée, critiquée par certains spectateurs qui auraient préféré une narration plus linéaire avec des flashbacks, permet néanmoins de montrer l’évolution psychologique et émotionnelle des personnages sur la durée.
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Découvrez ce livreLe récit ne se limite pas à une romance. « Heated Rivalry » aborde frontalement l’homophobie systémique dans le sport professionnel, particulièrement dans le hockey, sport réputé pour sa culture machiste et ses codes de virilité toxiques. L’épisode 5 se distingue par son traitement courageux de ces questions, montrant les conséquences dévastatrices du placard sur la santé mentale des athlètes. L’épisode 6, finale émotionnelle qui a fait pleurer des millions de spectateurs, culmine avec le coming-out accidentel de Shane auprès de ses parents, scène bouleversante d’acceptation inconditionnelle.

Entre soft-porn assumé et prouesse cinématographique
Impossible de parler de « Heated Rivalry » sans évoquer son contenu sexuel explicite. La série multiplie les scènes d’intimité graphiques entre ses protagonistes masculins, assumant pleinement sa dimension érotique. Pour certains, cette profusion de sexe sert parfois à combler des longueurs scénaristiques ou des faiblesses d’écriture. Pour d’autres, elle constitue une révolution dans la représentation de la sexualité masculine gay à la télévision mainstream.
Car c’est là que « Heated Rivalry » marque véritablement l’histoire : la série montre sans faux-semblants la réalité physique et charnelle des relations entre hommes, au-delà de la romance aseptisée. Pas uniquement des baisers tendres et des regards langoureux, mais aussi du désir brut, du sexe sans sentiments, de la découverte corporelle. Pour la communauté gay, particulièrement les hommes de plus de 40 ans, cette représentation authentique constitue un moment cathartique après des décennies de pudibonderie télévisuelle.
Heureusement, cette audace narrative s’accompagne d’une réalisation impeccable signée Jacob Tierney. La photographie, somptueuse, joue sur les contrastes entre la glace immaculée des patinoires et la chaleur des chambres d’hôtel clandestines. Le jeu d’acteurs, absolument remarquable, porte le tout : Storrie et Williams ne se contentent pas d’être beaux, ils habitent leurs personnages avec une intensité émotionnelle rare. Leurs visages racontent des histoires complexes de désir, de honte, de peur, d’amour et d’espoir, captant ce que le Washington Post qualifie de « cocktail complexe d’émotions ».

Un phénomène mondial aux chiffres vertigineux
Le succès de « Heated Rivalry » a dépassé toutes les attentes. Au Canada, elle est devenue la série originale la plus regardée de l’histoire de Crave. Aux États-Unis, elle figure dans le top 5 des séries HBO Max de 2025, rivalisant avec des productions au budget bien supérieur comme Ça : Bienvenue à Derry. Selon FlixPatrol, elle s’est classée deuxième du Top 10 HBO Max américain dès son lancement, et quatrième des classements streaming mondiaux selon JustWatch durant la semaine du 7 décembre 2025.
Cette popularité inattendue a contraint Bell Media à avancer précipitamment la diffusion, initialement prévue pour février 2026. Les dirigeants, impressionnés par la qualité du produit fini, ont décidé de profiter de la période des fêtes pour maximiser l’audience. Résultat : une campagne marketing accélérée et un bouche-à-oreille organique fulgurant, notamment auprès d’un public majoritairement féminin qui représente le cœur du lectorat de Rachel Reid.
Les acteurs, quasi inconnus en novembre, comptent aujourd’hui plus d’un million d’abonnés Instagram chacun et ont signé avec la prestigieuse agence CAA. Storrie et Williams font la une de GQ, Vanity Fair, Entertainment Weekly et ont été reçus dans des talk-shows américains, dont The Tonight Show avec Jimmy Fallon. Hudson Williams a révélé récemment recevoir des messages privés d’athlètes professionnels encore dans le placard, touchés par la série. Preuve que « Heated Rivalry » dépasse le simple divertissement pour devenir un phénomène culturel et social.
Je considère « Heated Rivalry » comme un moment charnière, comparable à la période érotique de Madonna au début des années 90. Il y aura un avant et un après cette série.
(votre auteur)
La saison 2 déjà confirmée : vers The Long Game
Face à ce triomphe, HBO Max et Crave ont annoncé dès le 12 décembre 2025 le renouvellement pour une deuxième saison, avant même la diffusion du dernier épisode. Connor Storrie a laissé entendre que cette suite adapterait The Long Game, sixième et dernier roman de Rachel Reid consacré à Shane et Ilya. Ce tome, situé dix ans après le début de leur relation, explore la question cruciale : peuvent-ils enfin sortir du placard sans détruire leurs carrières ?
Cette annonce réjouit les fans qui souhaitent voir l’histoire menée à son terme. La série prouve qu’un public massif existe pour des contenus queers audacieux et sans compromis, démontant l’argument des producteurs conservateurs selon lequel ces thématiques ne seraient pas rentables. « Heated Rivalry » cartonne auprès de la communauté LGBTQ+, évidemment, mais aussi auprès d’un public féminin hétérosexuel qui constitue l’audience historique des romances MM (male/male). Cette convergence de publics explique son succès phénoménal.
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En tant que gay de plus de 40 ans et observateur de l’évolution des représentations queer à l’écran, je considère « Heated Rivalry » comme un moment charnière, comparable à la période érotique de Madonna au début des années 90. Il y aura un avant et un après cette série.
Non pas qu’elle soit parfaite, elle ne l’est pas : son scénario connaît des faiblesses, sa structure narrative ne convaincra pas tout le monde. Mais son importance culturelle dépasse largement ses défauts artistiques. Pour la première fois, une série mainstream montre sans détour ce qu’est vraiment la sexualité entre hommes, pas une version édulcorée pour plaire aux annonceurs. Elle offre aux jeunes générations queers des miroirs dans lesquels se reconnaître, des modèles d’amour authentique malgré l’adversité.
Et elle prouve aux industries culturelles, chiffres à l’appui, que la demande pour ces histoires existe, massive et mondiale, malgré ce que les décideurs frileux persistent à croire. « Heated Rivalry » n’est peut-être pas la meilleure série de l’année, mais c’est indéniablement la plus nécessaire.

Jérôme Patalano est un auteur édité et auto-édité de romans d’imaginaire, feel-good et thrillers, avec des personnages queers, et consultant free-lance en communication digitale.
Enfant des années 80 et ado des années 90, la pop-culture a toujours guidé sa vie, jusqu’à la création de plusieurs médias comme Poptimist, mag de pop-culture queer (et pas que).



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